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LE RêVE MEXICAIN

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Note de l'auteur :
Je souhaite découvrir l'univers qui fait tant vivre votre imagination. J'adore la lecture... Histoire de voir, voyez dans lequel je voyage à chaque instant. Découvrez de courtes méditations sur les sentiments essentiels de l'existence humaine. Par moments mon monde imaginé bascule dans le chaos. Il renaît de ses cendres pour apporter une union de paix.




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Le rêve Mexicain
Rio bravo

En ce jour de printemps la nuit tombe rapidement, une brise légère soulève du sol le sable qui vient se répandre devant un couple courant entre les carcasses de voitures rouillées. Le vent projette contre ces carcasses corrodées de petits cailloux. Le bruit des impacts se répercute à l'infini dans l'air, le cimetière de voitures en devient plus sinistre. La pluie se met à tomber sur eux et provoque sur le couple une angoisse indescriptible mais cela est également synonyme de protection car les chiens à leur poursuite auront du mal à renifler leur odeur. Douaine Everson tient la main de son épouse Débora pour la soutenir dans son effort de course. Leur passeur les a laissés tomber en empochant toutes leurs économies. Ils se sont retrouvés sans « Néodollard » sur cette berge déserte. Alors traverser le « Rio Bravo » même asséché relève d'un exploit digne de figurer dans les annales. Le gouvernement offre de grosses primes aux miliciens pour qu'ils interceptent les clandestins traversant illégallement la frontière.


Une nuit n'est pas suffisante pour franchir ce lieu hautement gardé par les autorités mais le couple a une chance folle puisque il a traversé les zones dangereuses sans se faire repérer. Douaine se souvient de sa demande visa qui a été refusée. Le couple ne pourra pas faire une autre requête avant dix ans car le gouvernement restreint les nouvelles demandes d'autorisations d'entrées. Le tourisme est également réglementé car tous ceux de sa nationalité sont systématiquement parqués dans des « zones vacances » restreintes et sous bonne garde. Traverser la frontière est la seule solution pour trouver du travail et nourrir la famille restée dans la « Grande Ville du Sud». Débora est la première à craquer, elle se laisse tomber sur le sol en pleurant. Douaine s'approche pour la relever tout en lui parlant doucement.

— Il faut profiter de la nuit pour traverser et éviter les milices. Si jamais elles nous trouvent, elles nous abattront sans pitié car la récompense ne précise pas « mort ou vif », ils nous arracheront notre puce biométrique le seul petit élément électronique qui enregistre toute activité biologique de notre corps. Un médecin n'a juste qu'à la lire pour faire un diagnostic en cas de maladie. Chaque puce est donc unique et ainsi prouvera notre arrestation. Ils laisseront ensuite aux chacals le soin de dévorer nos carcasses. Tu connais le sort qu'ils réservent aux femmes, ils t'enfermeront pour te violer et ensuite ils te laisseront devant « l'arbre de la liberté » si tu participes bien à ton viol !! Promets-moi de ne pas leur résister si jamais ils nous font prisonniers. Ta vie en dépendra et avec un peu de chance une ONG pourra te venir en aide. Quant à moi, je ne serai plus de ce monde !! Vite relève-toi vite !!

le scanner

Débora soupire, son ventre lui fait mal, Douaine sort une gourde pour qu'elle boive une goutte. Il consulte son « Scanner brouilleur » attaché à son poignet, leur image thermique est invisible la nuit mais au petit jour, le scanner sera inefficace. Il s'essuie le front en soufflant.

— Je t'en prie, il faut que tu te relèves, nous ne pouvons pas rester immobiles sans risques. Le scanner nous protège mieux quand nous sommes en mouvement. Je peux prendre ton sac, mais je t'en supplie, relève-toi. Nous devons avoir traversé le « Rio Bravo » avant le jour.

Débora essuie son visage et boit un peu d'eau.

— Mais ne nous savons pas ce qu'il y a de l'autre côté, notre passeur nous a tout pris et s'est sauvé avec toutes nos économies. Que penses-tu faire sans argent une fois dans la « Ville Nouvelle », cet Eldorado rêvé de tous nos concitoyens ?

— J'ai mon cousin qui travaille de là-bas, il pourra nous héberger le temps que je trouve un emploi dans une centrale nucléaire, tu sais il y en a plein sur cette côte. Ils ne sont pas trop regardants pour embaucher du personnel à nettoyer les cuves. Bien sûr ils ont les robots mais ils coûtent chers à entretenir et nous sommes une main-d'œuvre bon marché. Ce n'est que provisoire. Avec l'argent gagné je pourrai devenir un petit artisan itinérant et ainsi légitimer notre statut. Une minorité de nos concitoyens au cours des « Années Noires » s'est installée dans la « Ville Nouvelle », seuls les plus riches pouvaient traverser sans risques. Les Mexicains se sont enrichis sur notre dos. Nous, les classes moyennes, nous ne pouvions pas partir faute de moyens, nous devions survivre et ce n'est que depuis deux ans que nous nous sommes rendues compte de la fin du grand rêve américain. Depuis que le Gouvernement Américain a fui au Mexique en nous laissant tous pourrir ici. Nous sommes à la merci de groupes armés, les USA ne sont plus les maîtres du monde !!

Passeport

Débora se relève en étreignant contre elle leur passeport biométrique, Douaine souffle et lui intime de jeter ces objets sans valeur. Il se souvient pourtant de leur fierté d'avoir ce passeport qui leur permet de voyager gratuitement dans le monde entier. C'était avant l'effrondement de l'économie américaine. Le couple habitait près de « Wall street » dans un appartement de haut Standig, Douaine était courtier en assurance. Ce « lundi noir » a vu toutes les bourses du monde s'effrondrer, seuls les pays émergeants ou pauvres ont survécu. Le Mexique est devenu la première puissance mondiale car les riches américains se sont vite réfugiés dans ce pays. La majorité de la population ne s'est pas rendue compte tout de suite de l'ampleur des dégâts. Le « Rio Bravo » asséché fut envahi par une horde de population à la déroute et s'est vite transformé en cimetière de voitures. L'armée des Etats-Unis s'est raliée aux soldats du Mexique pour repousser dans la violence les émigrants. Des fortifications ont été construites pour pallier à l'invasion. Le gouvernement Mexicain est sans pitié avec les « illégaux ». Débora a encore la vision de « New York » transformée en un immense marécage où dans les immeubles à moitié écroulés, vit une population qui ne souhaite qu'une chose : devenir citoyen de la « Nouvelle Ville » du Nord.


Le couple parvient sur les berges du « Rio Bravo » côté Mexicain, ils soufflent en se disant qu'enfin ils vont pouvoir devenir de véritables citoyens. Douaine est si heureux qu'il ne sent pas son « scanner » se détacher de son poignet, l'homme marche en encourageant son épouse qui enfin sent l'espoir revenir. Son cousin l'attend de l'autre côté d'une colline, sur la route de la liberté. Douaine et Débora courent car les premiers rayons de l'aube illuminent leurs yeux habitués à la pénombre. Soudain deux projecteurs les éclairent, le couple tente d'échapper à cette investigation en se protégeant les yeux de la lueur vive. Rien n'y fait, les ricanements des miliciens les terrorisent. Douaine sort une arme car il sait quel sort leur est réservé. Une détonation retentit, Douaine tombe sur le sol, mortellement blessé. Débora lâche son sac pour lui venir en aide. Un des miliciens approche et l'emmène de force en lui tirant les cheveux. Débora continue d'hurler lorsque trois autres miliciens les rejoignent pour la violer.


Jhon est le cousin de Douaine, il l'a attendu jusqu'au petit matin, il roule doucement vers « l'arbre de la liberté », plusieurs fois il se fait arrêter pour un contrôle d'identité. Les soldats mexicains n'aiment pas les « Gringos citoyens» même s'ils roulent dans des poubelles. Un des policiers a frappé Jhon au visage pour lui apprendre à le regarder. L'homme n'a pas répondu et s'est contenté de lui donner 10 « Néodollard ». Quant il arrive devant l'arbre de la liberté le spectacle est bouleversant, aux branches sont accrochés les vêtements des femmes violées. Les miliciens montrent ainsi qu'ils sont sans pitié et que seules les femmes consentantes peuvent survivre. Mais à quel prix ! Jhon trouve Débora seule et dénudée à pleurer tout contre l'arbre en serrant contre elle le passeport de son époux tué.


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